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 Antispecisme et ecologie : un changement de paradigme

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Herljos Scheindorf
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MessageSujet: Antispecisme et ecologie : un changement de paradigme   Jeu 8 Mar - 11:59

Cet article paraitra dans le prochain numero de la "mini revue" (de deux pages lol) de l'antispefeuille :


Certaines personnes (y compris des militants de ces deux milieux) ont
tendance à confondre écologie - profonde et modérée surtout, les
relations avec l’écologie radicale étant quant à elles assez floues - et
antispécisme. Pourtant, bien que certaines mises en pratique soient
similaires – comme idéalement le végétar/lisme dans une société
industrielle -, voire identiques, les bases idéologiques sont, elles,
radicalement différentes.

Les principaux tenants de l’écologie s'appuient avant tout sur l'idée
d'un système "Nature" sur lequel l'humain opère un certain impact mais qui
dans l'absolu échappe a son contrôle ; autrement dit ce qui est
"sauvage". Est "naturel" en revanche ce qui a été fabriqué, transformé,
domestiqué par cet autre "dieu" qu'est l'humain, élevé
implicitement au rang d’espèce supérieure (là ou l’antispécisme
ne lui confère ni plus ni moins que le rang d’un animal comme un autre).
Si je parle ici de dieux, c'est que certains
écologistes divinisent la nature, la jugeant parfaite, immuable et la
plus juste qui soit. L'écologie devient alors une sorte de religion dont les
préceptes sont la protection de cette divinité et la non implication
dans le fonctionnement du système "nature" et de ses lois. Chasser et
tuer deviennent ainsi des actes naturels, donc justes. Il est
remarquable en outre de constater, chez de nombreuses personnes,
l'attrait certain, voire la fascination, pour les prédateurs.
Pour la majorité des écologistes, et toujours dans une optique systémique
essentialiste, les espèces ne sont importantes qu’en tant
qu’interagissant dans un milieu, comme autant de sous-programmes évoluant
dans un but précis inscrit dans leur nature propre. Dès lors, si une
espèce est en
voie de disparition, il convient d'y remédier afin d'empêcher que le milieu
entier soit altéré. Si une espèce abonde au contraire, elle cesse
d'avoir une valeur jusqu'à ce qu'elle soit retombée au seuil critique.
Ajoutons pour finir une remarque concernant certaines branches
ultraminoritaires de
l’écologie profonde, pour qui l’homme est partie intégrante de
ce système - le plus juste qui soit - et ne devrait donc pas tenter d’y
échapper (pour certains, les épidémies dans les pays pauvres et les
catastrophes naturelles ne devraient ainsi pas être contrées puisque
incarnant une réponse concrète de
la Nature face au problème bien réel de la surpopulation ; pour
d’autres, il faudrait bannir toute technologie et revenir à un mode de
vie tribal). On remarque d’ailleurs aisément dans le milieu
écologiste, toutes tendances confondues, une certaine mystification des
tribus
dites primitives, et en particulier des Amérindiens.
La dernière critique qu’il y aurait à formuler vise l'affirmation selon
laquelle parmi
les écologistes qui ne sont pas de farouches partisans de Dame Nature
se cacheraient beaucoup de personnages qui ne recherchent que le but,
plus ou moins avoué, d’obtenir de meilleures conditions de vie pour la
seule espèce
humaine. On peut parler ici d’écologie humaniste ou anthropocentré e.
En théorie, l’écologie (sans rentrer dans les cas particuliers de
l’écologie profonde) mène donc à un mode de vie respectueux de
l’environnement, en évitant les pollutions "inutiles" : économies
d’énergie et utilisation d’énergies renouvelables à faible impact, arrêt
des rejets de gaz à effet de serre par l'utilisation de carburants
alternatifs, préférence pour l’agriculture biologique et certain végétarisme
pour lutter contre les pollutions massives dues aux élevages. À cela
s’ajoute la protection des espèces et écosystèmes menacés, comme la
défense des baleines ou de la forêt amazonienne.

L’antispécisme, sans être en opposition directe avec l’écologie, repose
sur un postulat idéologique inverse basé sur l’idée d’égalité : les
individus, parce qu’ils sont sentients (pourvus d’une pensée propre et
de sensations, comme le plaisir ou la douleur), et quelle que soit
l'espèce à laquelle ils appartiennent, doivent avoir un certain nombre
de droits fondamentaux comme la
liberté de vivre comme ils le souhaitent et sans contrainte.
L’antispécisme peut ainsi être considéré comme une extension du principe
d'égalité
à tous les êtres vivants sensibles, s'inscrivant dans le sillage des
luttes contre le
racisme et le sexisme. Un certain nombre
d’antispécistes soutiennent ainsi des thèses politiques ayant pour but
l’égalité sociale et la liberté, telles l’anarchisme. Ce n'est cependant
pas une généralité.
Certaines branches de l’antispécisme, moins ancrées politiquement,
soutiennent souvent des positions utilitaristes (au sens philosophique
du terme et à différencier radicalement de la tendance à se servir
d’autrui pour ses
seuls besoins ou désirs personnels, incarnée notamment dans l’esclavage
et aujourd’hui encore l'élevage). Autrement dit, puisque nous
pouvons tous, humains ou non, ressentir plaisir et douleur, et que le
désir propre à chaque individu est d’éliminer la douleur et de rechercher
le plaisir, alors il est bon d’user de tous les moyens à disposition
pour assurer la maximisation du bonheur et du plaisir et la minimisation
de la douleur et du malheur. Ce postulat, très mathématique, pourrait
s’énoncer selon la formule suivante - pour toute interaction
entre A et B, la meilleure solution est celle qui répond à l’inégalité :
(quantité de plaisir de A + quantité de plaisir de B) - (quantité de douleur
de A+ quantité de douleur de B) >= 0.
En théorie, l’antispécisme (quelqu’un m’a fait remarquer que certaines
personnes
se réclament de l’antispécisme tout en restant dans la logique du «
welfarism », la notion d’égalité étant alors peu ou pas présente : pour
moi, il ne s’agit en rien d’antispécisme) mène à un mode de vie
bannissant l’exploitation et la domination des autres espèces, incluant
par conséquent le véganisme, c'est-à-dire le boycott de tout produit issu de
l’exploitation animale. Être végane, c'est adopter une alimentation
végétalienne (ni
viande/poisson, ni lait, ni œuf, ni miel…), ne pas porter de
vêtements en fourrure/cuir/ peau, soie, laine,... et condamner les
cirques, zoos et autres parcs d’exhibition, d’esclavage et de torture.
Le véganisme comprend également le boycott des produits testés sur animaux.

Les pratiques propres à l’antispécisme et à l’écologie n’ont donc pas
vraiment de rapports directs, contrairement à ce que
j’ai affirmé au début. Mais en allant plus loin dans le raisonnement, on
débouche rapidement sur un nouveau paradigme qui unit les deux dans le
cadre des thèses politiques antispécistes.
En effet, la branche de l’antispécisme philosophique proche de
l’utilitarisme se donne pour cadre principal l’amélioration des
conditions de vie de chaque être sentient et l’égalité des droits
fondamentaux entre espèces (un argument qui revient souvent alors
est celui de la prédation ; je vous invite à lire à ce sujet la
traduction parue dans les Cahiers Antispécistes de l’article de Steve F.
Sapontzis, « Faut-il sauver le lièvre du renard ? ». L’argument proche
consistant à dire que « puisque le lion mange la gazelle,
j’ai aussi le droit de manger la gazelle » est tout aussi invalide mais
ne sera pas traité ici).

Or l’altération de l’écosystème et la
disparition de certains groupes d’individus provoquent une destruction du
cadre de vie et de grandes souffrances pour d’autres groupes. Il est donc
relativement important d’empêcher ces altérations, si elles entraînent
une destruction du cadre de vie. On peut également avancer que
l’altération de l’environnement viole le droit à vivre dans un système
adapté à ses besoins fondamentaux, si toutefois l’on juge ce droit comme
légitime. Et enfin que l'être humain, en détruisant des écosystèmes,
viole le principe d’égalité en favorisant largement
certaines espèces (et surtout lui-même) et en entraînant la disparition
progressive des autres.
Les trois derniers arguments, s’affranchissant des notions purement
écologiques et se basant sur les postulats moraux et politiques de
l’antispécisme, justifient le fait pour un antispéciste de se battre à
l'instar des écologistes contre le réchauffement climatique,
la disparition des espèces, les pollutions dues à
l’élevage, l’agriculture industrielle (un certain nombre
d’antispécistes consomment des produits « biologiques », mais là encore
il ne s’agit pas d’une généralité), le secteur de l’énergie, etc.
Le dernier point que j’aimerais évoquer et qui sort un peu du domaine
de l’écologie est la justification du commerce dit « équitable » par
l’antispécisme politique. L’industrie classique, encore plus à notre
époque mondialisée, exploite de petits producteurs
en rachetant les produits bruts à un prix dérisoire et fait travailler
des ouvriers dans des conditions souvent déplorables et pour un
salaire de misère (il existe même dans certains pays des enchères inversées
pour les postes : celui qui propose le plus bas salaire est embauché),
et ce un peu partout dans le monde.
L’antispécisme luttant pour l’égalité de tous les êtres sentients, il
n’exclut donc pas les humains et se doit donc de se battre tout
autant contre l’exploitation et la domination au sein de notre propre
espèce que contre notre domination sur les autres espèces. Il y a peu, un
militant disait en plaisantant : « Pour qu’un produit soit végane, il
faut qu’il soit bio et équitable », et dans le fond, il a raison. Tout
comme un partisan de l’antispécisme devrait être un minimum « écologiste
» (en pratique).
Quant à la réciproque, elle ne peut qu’être fausse,
l’idéologie propre à la plupart des groupes écologistes allant à
l’encontre de nos principes.

Scheindorf
Corrections par Meryl
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Terpomo
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MessageSujet: Re: Antispecisme et ecologie : un changement de paradigme   Lun 23 Juil - 21:12

D'ailleurs, les deux derniers numéros de l'antispéfeuille sont disponibles en téléchargement ici : http://antispesite.free.fr/materiel.html .
Le texte d'Hérios est dans le # 5.
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Herljos Scheindorf
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MessageSujet: Re: Antispecisme et ecologie : un changement de paradigme   Lun 23 Juil - 22:44

La critique contre "le parfum d'adam" est pas mal du tout d'ailleurs, une vrai horreur ce livre...
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MessageSujet: Re: Antispecisme et ecologie : un changement de paradigme   

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